Une place pour le paradis s’il vous plait. 10/11

Publié le par Gyzmo

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Une collection à New York

 

    De retour à l’aéroport JFK Chenier se sentait de bien meilleur humeur qu’auparavant. Tout d’abord le décalage horaire était bien plus aisé à supporté en venant d’Europe qu’à l’inverse.  Mais surtout il se sentait plus proche de chez lui, déjà les gens n’avaient pas cet accent bizarre qu’on les britanniques et qui lui donnait le mal du pays, sans parler de l’accent que pouvaient avoir les français quand ils essayaient de parler anglais. C’était une véritable souffrance pour les oreilles.

  Mais l’ennui c’était qu’il lui fallait désormais trouver les deux collections restantes qui selon Samsa se trouvaient à Manhattan. Et cela même si, il en était certain, une de ces collections appartenait à sa cliente. Et franchement il ne savait pas par où commencer ses recherches. Cette ville était si…grande et peuplée que ça en devenait effrayant pour quelqu’un avec des tendances casanières.

 

  Après avoir récupéré sa Metropolitan dans un parking privé il chercha un hôtel dans Manhattan. Il finit par descendre dans un « petit » établissement situé entre Ground Zero et le City Hall Park. Apres s’être reposé quelques instant il chercha dans le bottin les numéros des conservateurs de musées et surtout des galeristes qu’il connaissait. Où plutôt il chercha à vérifier que les dits numéros n’avaient pas changé.

  Il finit par se rendre dans plusieurs galeries de l’île, après tout si quelqu’un dans cette ville achetait les œuvres de Sheldon les galeristes étaient les mieux placé pour savoir de qui il s’agissait. Malheureusement l’antiquaire se heurta au « secret professionnel » des marchands d’art, ajouté à cela leur condescendance envers lui et sa journée allait rapidement s’assombrir. La plupart de ces vendeurs ne le prenaient pas au sérieux, ils estimaient ne pas jouer dans la même catégorie. Pour eux ils ne vivaient pas dans le même monde. Ce qui donna envie à Chenier de leur fracasser le crane sur les immondes croutes que ces gens appelaient de l’art mais qui rappelaient plus à l’antiquaire les travaux d’élèves de maternelles. D’ailleurs il y avait du reste une œuvre ressemblant à un cul de poulet qui lui donnait des envies de sadisme envers ses interlocuteurs.

  Mais au final avec quelques billets verts on obtenait tout ce qu’on voulait, y compris l’adresse d’un loft.

 

« - C’est gentil de passer, dit la prétendue fille de Sheldon lorsque Simon sonna à sa porte.

  -Euh…Bonjour…Madame…Comment je dois vous appelez déjà ? Parce que bizarrement personne ne semble connaitre de Julia Sheldon. »

  Le loft était particulièrement lumineux et son architecture était typique des bâtiments industriels newyorkais du début du vingtième siècle, l’ensemble avait bien sûr été rendu habitable pour des clients fortuné et était aujourd’hui décoré d’un mobilier dans sa quasi intégralité conçu par Alan Sheldon. Ce qui confirmait le statut de collectionneuse de la vieille femme. Vieille femme qui était du reste vêtue de la même façon que la première fois où Chenier l’avait vu.

  « -J’existe pourtant bel et bien vous en conviendrez.

  - Oui mais je doute que vous soyez la fille de Sheldon.

  - Et pourtant si !

  - Sheldon était homosexuel, et il n’a pas adopté, même par des moyens détournés, d’enfants.

  - Je vois où est le problème. Malgré tout je vous affirme moi que Sheldon à bel et bien conçu une enfant.

  - Avec qui ?

  - Seul !

  - Je vous demande pardon mais là je ne vous suis pas.

  - Bien alors reprenons à la base voulez vous. Que savez-vous d’Alan et qu’avez-vous appris ?

  - Et bien pour commencer au regard de ses œuvres s’était un homme obsédé par ce qui est organique. Ses œuvres semblent presque vivantes quand on les regarde, et ce quelque soit les matériaux employés.

  - Ce qui prouve que vous savez observer, peu de gens le remarque vraiment vous savez. Ils préfèrent ne pas y penser, ne pas le voir, c’est moins dérangeant. Mais continuez !

  - Il était aussi réputé fou en raison de sa passion pour l’ésotérisme.

  - Large sujet en vérité, ce terme pouvant recouvrir des tas de domaines, dont ?

  - Dont le spiritisme, la voyance, la kabbale, l’alchimie…Oh…Merde!… Voulez dire que vous êtes ?

  - Vous avez vu ses créations, vous savez que c’est possible.

  - Ce dingue ne voulait pas imiter la vie, il voulait la créer !

  - Oui après un court voyage à Prague ce fut une de ses obsessions. J’en suis la preuve.

  - Vous êtes un golem ! Vous ne pouvez pas être un golem !

  - Tout le monde s’imagine qu’un golem est forcement une grossière imitation de l’être humain mais je vous pouvez constater qu’entre les mains d’un artiste talentueux l’imitation est saisissante.

  - Mais vous n’êtes pas faite d’argile !

  - Bien sûr que si ! »

  A ces mots la vieille femme retira un de ses gants et se découvrit la tête. Sa main était effectivement une réalisation très travaillée d’argile, par endroit on voyait même les traces des doigts qui avaient servie à sa création. Quant à son front, il était écrit dessus un mot en hébreux que Simon ne sut déchiffrer. Du reste maintenant qu’il y pensait c’était vrai que le visage de sa cliente lui avait parut étrange lorsqu’elle l’avait trouvé à la Nouvelle Orléans, sans trop savoir pourquoi. Il avait mis ça sur de la chirurgie esthétique très à la mode chez les bourgeoises d’un certain âge, mais maintenant il savait que non.

  Simon cru bon de s’assoir quelques minutes. Toutes ces nouvelles informations avaient quelque chose de perturbant. Il bossait pour le compte d’un golem désireux de se rendre auprès de Dieu.

  Pendant qu’il reprenait ses esprits la créature remit son gant et son chapeau.

« - Et dans votre bouche…Est-ce qu’il y a …?

  - Un plaquette avec écrit dessus le nom secret de Dieu ? Oui ! Mais ne comptez pas sur moi pour vous la montrer. Sheldon a trouvé le nom lors de son voyage à Prague.

  - Mais un golem n’est pas sensé vieillir, ni même être doté d’intelligence.

  - Pas lors de notre conception. A ce moment on est effectivement pas plus doté d’intellect qu’un nouveau né. Et pour ce qui est de vieillir, et bien disons que la tablette n’est pas éternelle, elle se dégrade, et nous avec.

  - Mais pourquoi vouloir le fauteuil et ne pas attendre la mort comme tout le monde.

- Et bien je suis un être artificiel, pas une humaine, c’était l’unique façon d’être certaine qu’il y a quelque chose d’autre pour moi après la mort. Je suppose du reste que vous n’avez pas trouvé le fauteuil, n’est-ce pas ?

- A vrai dire non, mais il me reste encore une grande collection à trouver dans Manhattan.

- Ne vous fatiguez pas ! Cela n’en vaut pas la peine j’ai l’unique collection d’importance dans cette ville.

- Pourtant on m’a dit qu’il existait un marchand qui possédait nombre des créations de votre…père.

- C’est que vos informations datent alors. Ce marchand, et sa collection n’existe plus depuis des années.

- Comment ça ?

- Cet homme avait organisé une grande vente aux enchères dans les Twins Towers le jour des attentats.

- Merde ! Et vous êtes certaine qu’il avait ce fauteuil?

- C’est plus que probable ! Vous n’êtes pas le premier à qui je fais appel monsieur. J’espère juste qu’il a put se révéler d’une quelconque utilité pour des gens se trouvant dans les tours quand les avions ont foncés dedans. »

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