What time is it ?

Publié le par Gyzmo

Voilà une petite nouvelle que je me suis amusé à écrire en Octobre 2009

 

                                                                                      What time is it ?

 

  Cela faisait de nombreuses années que Simon Chenier souhaitait prendre des vacances en Europe. Il y était certes allez plusieurs fois, pour trouver des articles quil aurait pu revendre dans sa boutique de la Nouvelle Orléans. Mais dans ces cas là il devait effectuer un travail de recherche comparable à celui dun archéologue. Cétait long, fatiguant et pas toujours fructueux. Et pourtant Chenier était doué pour trouver des articles rares et étranges, et ce depuis son plus jeune âge. Alors quil était encore enfant un hougan avait même dit de lui quil attirait ce qui était bizarre. Et, en y repensant, Simon se sentait bien obligé dadmettre que le religieux ne sétait pas trompé. Il avait vu des choses capables de faire vacillé lesprit du plus cartésien des physiciens.

  Mais, aujourdhui, il était en vacances dans lune des plus belles villes du monde. Car même sil nétait pas question pour lui de vivre ailleurs quen Louisiane, il était forcé dadmettre quil appréciait le coté cosmopolite de Londres, larchitecture victorienne et les nombreux musées de la ville.

 

   Chenier venait de visiter la réplique du théâtre du Globe, et, au lieu de se rendre au Tate pourtant tout proche il opta pour rendre visite à un ami brocanteur avec qui il correspondait depuis longtemps. Certes cet ami avait sa boutique à Camden Market, ce qui nétait pas dans la rue dà coté. Certes le musée était juste à quelques pas, mais Simon nappréciait que modérément lart moderne, en fait il nappréciait que modérément  tout ce qui était moderne. Si on lui avait demandé son avis on naurait jamais inventé le téléphone portable, on aurait plutôt gardé le pigeon voyageur. Quand aux réseaux sociaux quon trouvait sur internet, il reconnaissait volontiers y être totalement inadapté Mais il devait cependant reconnaitre que la toile lui facilitait grandement le boulot.

 

  Cétait donc sans scrupule quil abandonna sa visite des musées pour se rendre dans ce que certains qualifieraient de « paradis britannique pour chineur du monde entier ». Après touton ne se refait pas.

   Il contourna alors le Tate pour atteindre une route où il arrêta un taxi. Il ne se sentait pas dhumeur à prendre le métro, il préférait voir la ville plutôt que de passer sous ses fondations. Et puis il serait bien plus vite arrivé quavec les transports en commun, sans compté quil éviterait ainsi de se faire aborder par des dealers ou les membres dune secte quelconque à la sortie de la station.

 

  Arrivé a destination il regretta vraiment quun incendie ai brulé une partie du marché peu de temps auparavant. Lendroit lui semblait moins joyeusement bordélique que lors de ses dernières visites

  Mais visiblement la boutique dAlexander semblait avoir été épargnée par les flammes. Sur la devanture, de ce qui avait du être une écurie un siècle plus tôt, trônait aujourdhui une pancarte aux couleurs délavées indiquant « Alexander Maxwell Antique Dealer » .On ne pouvait pas dire quAlex sétait beaucoup cassé la tête sur ce coup là.

 

 Maxwell était assis derrière un bureau en chêne massif, et bien que Simon ne lai pas vu depuis longtemps il le reconnu aussi tôt. Cétait un  homme dun certain âge, un peu bedonnant mais qui avait les épaules et la taille dun rugbyman professionnel, ce qui avait généralement deux conséquences sur ses interlocuteurs. La première étant quil les dominait quasiment systématiquement, et la seconde était quon limaginait plus passer sa vie à faire des déménagements de commodes quà les vendre. Du reste le contenu du magasin était à limage de son propriétaire, solide. Alexander sétait spécialisé dans les meubles anciens mais il tenait à ce quils puissent encore servir et veillait donc à sassurer de leurs solidités. La pièce se retrouvait donc entre autre remplie dhorloges, de lits, darmoires et de bureaux.

  Il ne remarqua pas Simon avant que celui-ci ne lui adresse la parole. Trop occupé quil était à griffonner on ne sait quoi dans un petit carnet rouge.

 

«  - Cesse décrire dans ce foutu carnet et rend moi les vingt livres et quatorze cents que tu me dois!

    - Tu te fou de moi vu les emmerdes que tas causé la dernière fois que tes venu ce serait plutôt à toi de me donner de largent. »

 

  Sur ces mots Maxwell se leva de son siège lair sévère. Il faisait bien deux têtes de plus que Simon, ce qui navait rien dexceptionnel en soi, puis il esquissa un sourire avant dexploser de rire.

 

« - Comment vas-tu Simon ?

   - Plutôt bien ! Les affaires marchent suffisamment bien pour que je puisse prendre des vacances de lautre coté de latlantique. Et toi ?

   - Bah comme tu le vois le coin a pas mal morflé. Du coup maintenant les gens viennent moins dans le secteur, même les simples touristes.

  - Cela ne métonne pas trop. Ils ont parlé de lincendie aux infos dans le monde entier.

  - Je saismais toi dis-moi. Tu vas bien faire quelques affaires, non ?

  - Ah non ! Je suis en vacancesCeci ditSi tu as quelque chose susceptible de mintéresserIl serait stupide de ma part de ne pas regarder ce que tu as en stock. Dautant que regarder nengage à rien.

  - Cest-ce que je narrête pas de dire à ma femme chaque fois quelle me voit regarder la page centrale du Sun. »

 

 Sur ces mots il passa son bras autour des épaules de Simon et lentraina vers larrière boutique où un jeune homme, probablement le fils dAlexander, saffairait dans un coin à passer de la cire sur une table médiévale.

  

  Au centre de la pièce trônait un bloc de cristal de la taille dun homme adulte. A lintérieur duquel on avait installé un enchevêtrement complexe de cadrans et de roues dentelées en or. Lensemble nétait pas sans rappeler les créations dhorlogers des siècles passés.

  Au centre de lengin on pouvait voir une petite roche verte autour de laquelle la lumière se distordait étrangement. Cétait comme si elle produisait une intense chaleur, chose cependant hautement improbable vu que les métaux qui lentouraient ne semblaient pas soumis à la moindre contrainte thermique.

  Mais le plus étrange était la totale absence de traces ayant pu indiquer lexistence dune main humaine dans la conception de cet appareil. Il ny avait pas la moindre présence dentailles, de soudure, de pansage, de grattage, de colle,

  Cétait comme si le mécanisme avait toujours été là et quavait poussé autour une roche cristalline parfaitement régulière qui par un heureux hasard permettait le mouvement des composants métalliques en son sein pour le bienfait de louvrage.

 

   Simon ne pouvait plus détacher son regard des cadrans, qui étaient au nombre de sept, et aucun ne semblait conçu pour indiquer lheure. Le souvenir de ce quil avait lu, ou entendu, lui permit de reconnaitre certains symboles présents sur les disques de métal. Ici des symboles alchimiques des éléments, là des glyphes représentant les planètes du système solaire, ailleurs une représentation de larbre de vie de la kabbale ainsi quun texte écrit en énochiens quil aurait été bien peine de traduire. .

  Ainsi même sil devait admettre quil ne reconnaissait pas tout, ce quil en voyait lui permettait de supposer que lobjet avait été créé quelque part en occident. Cependant à aucun moment de son histoire lhomme naurait eu les moyens de concevoir un tel chef dœuvre.

 

  Peut être fallait il mieux confier cet engin à un musée finalementmais une part de son esprit ne put sempêcher de penser au profit quil pouvait gagner en le revendant à un collectionneur avisé.

  A ce quil en voyait, pour le revendre, il aurait sans conteste fallu quil se tourne vers des loges maçonniques régulières, ou dissidentes, rosicruciennes, ou autres Cétait après tout les plus à mêmes de comprendre le but de cet objet, alors que lesprit trop étroit dun conservateur de musée ne pourrait que rejeter par principe, par dogmatisme, une telle réalisation.

 

  Lui-même doutait davoir une création de cet ordre sous les yeux et pourtant il se souvenait de choses bien plus étranges. Et cétait sans compter les rumeurs et les mythes.

  On disait par exemple quil existait au British Museum un livre qui rendait fou tous ceux qui le lisait, quune créature gigantesque « mi dragon mi fruit de mer » était un jour sortit de locéan, quune roche était tombée en Sibérie et  quelle avait fait repousser la végétation dune manière incroyable, son propre grand-père prétendait avoir vu « la vierge des barbelés » alors quil servait son pays dans ce qui aurait du être la « der des ders »

 

  Alors bon il était prêt à accepter toute interprétation sur la nature de la chose qui se trouvait juste devant ses yeux. Enfin tant quon était prêt à payer suffisamment cher pour formuler lhypothèse devant lui.

 

  Malgré tout, alors quil voyait les aiguilles bouger à des rythmes irréguliers, les roues dentelées senclenchaient doucement les unes dans les autres afin de continuer leur interminable danse au son des cliquetis. Il en vint à craindre cette merveille, ou plutôt il craignait de connaitre la finalité dun tel ouvrage.

  Il sest souvenu alors quun de ses compatriotes avait dit un jour que la chose la plus miséricordieuse en ce bas monde était l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation toutes les informations qu'il contient.

 

 Pourtant Chenier se sentait soudain pris dune telle fascination pour ce quil appelait désormais, faute de mieux, «lhorloge » quil désirait désormais ardemment connaitre les tenants et les aboutissants, en un mot la raison dêtre, dun tel ouvrage.

  Quel pouvait être le moment exact où son esprit avait changé dobjectif ? Simon naurait su le dire, mais désormais il ne souhaitait plus du tout vendre une telle œuvre dart, il la voulait pour lui seul. Absolument certain que les informations quelle contenait lui rapporteraient bien plus.

 

 Peut-être était ce dut aux cliquetis des engrenages où il croyait pouvoir distinguer un rythme, une musique. Ou peut être était ce du à la façon dont la lumière se réfractait au travers du cristal. Mais dans tous les cas il sentait peu à peu son esprit glisser, sabandonner Et, pour être franc, ça ne lui était pas désagréable.

 

  Petit à petit il se dessinait dans son esprit la vision dune forme changeante, tour à tour sublime et dune horreur indescriptible. Au début cela le dégoutait, il était incapable den appréhender les contours ou les couleurs et, bien entendu, il réagissait en fonction de ce vieil instinct qui pousse chaque homme à craindre ce qui lui est étranger.

  Mais pour ne pas devenir fou il lui fallait dépasser ce résidu de lévolution. Et ce dans la durée dun battement de cœur. Mais une fois que son esprit se fut libéré, du carcan évolutif et éducatif qui lemprisonnait, la créature quil percevait lui sembla glorieuse et magnifique. Elle était au dessus de toute notion humaine.

 

 Et là où un homme plus faible se sera enfuit en courant, pour échouer dans un hôpital pour malades mentaux ou au fond dun ruisseau, lui, il préféra sagenouiller. La créature sétait révélée à lui, il était devenu son messager. Il était béni, il était devenu un saint homme.

   Linstant lui semblait sacré et plein de grâce. Ce jour était à marquer dune pierre blanche. Lorsque la créature viendrait, car elle viendrait, accompagnée de ses semblables ce jour serait aussi important que le jour de naissance du dieu romain. Non ce jour serait bien plus important, car nul ne le pourrait le nier.

  Ces dieux étaient bien plus anciens, et bien plus grands et puissants que tous ceux dont lhumanité avait rêvée.

  Ils viendraient et corrigeraient cette humanité imparfaite.

 

  Bien évidement ceux qui lentouraient ne pouvaient pas le comprendre. Ils ne virent quun homme au regard vide saffaisser  sur le sol.

 

 Alexander qui était appuyé contre le mur opposé à lartefact esquissa un sourire carnassier avant de se rapprocher de Simon.

 «  _  Maintenant cest bon. Encore un dont lesprit sest barré.

     _ On appel quelle institution cette fois ?

     _ Le Royal College of Physicians of London.  On ne les a encore jamais contactés et ça surprendra personne qu’on veuille envoyer un ami malade là-bas, vu leur réputation…. Mais pense à prendre l’argent dans son portefeuille, et tout ce qui aurait de la valeur, avant. »

 

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