Une place pour le paradis s’il vous plait. 3/11
III
Roadbilly
Bien que ne l’ayant jamais vraiment rencontré Simon Chenier n’aimait pas Christophe Samsa, et le sentiment était partagé.
Samsa était un nouveau riche arrogant qui se croyait supérieur, mais il ne devait pas sa fortune à un travail honnête, ni même au fait d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche. Non, c’était encore plus rageant que ça. Christophe devait sa fortune à la chance.
Ce répugnant petit bonhomme devait sa situation au fait d’avoir gagné à l’Euromillion. A la suite de quoi il avait joué une bonne partie de ses gains en bourse, ce qui pour Simon équivalait à jouer au loto.
Mais ce qui énervait réellement Simon, ce qui le faisait enragé du plus profond de ses tripes c’était qu’avant d’avoir le cul bordé de nouilles, Christophe exerçait le même métier que Chenier. Et pire, c’était un très mauvais antiquaire. Il n’avait aucune culture, n’était spécialisé dans rien, ne savait pas reconnaitre le vrai d’une pâle imitation et n’avait aucun sens des affaires. Samsa ne devait sa survie qu’à sa chance, chance qui lui avait même parfois permit de mettre la main sur des objets de valeurs avant Simon, et en plus à bon prix s’il tombait sur plus crétin que lui.
Et voilà que cet idiot se faisait collectionneur et que Chenier allait devoir lui rendre visite s’il espérait retrouver le fameux fauteuil de Sheldon.
Mais mieux valait y allez directement. De toute façon s’il prenait rendez vous il était certain que Samsa ne le recevrait pas. Il prit donc la décision de se rendre à New York où il aurait les meilleurs tarifs pour s’envoler vers Paris et ça lui évitait de devoir faire une escale supplémentaire à un tarif prohibitif. De toute façon au prix de l’aller-retour mieux valait faire des économies.
Sa voiture, comme nombre des choses qu’aimait Chenier, était une rareté. Il s’agissait d’une Metropolitan 1500 convertible, de couleur bleu et blanche. Ce model bien qu’étant une américaine de 1954 possède des dimensions réduites pour une décapotable de cette époque. Epoque où les USA souhaitaient transmettre l’image d’un capitalisme triomphant.
De cette culture de l’abondance était étrangement née cette petite voiture destinée au marché européen et au coffre minuscule puisqu’il ne peut contenir qu’une valise.
La dite valise contenait une cartouche de cigarettes radium, un costume blanc, quelques t-shirt, des sous vêtements de rechange, un guide touristique de Paris et un nécessaire de toilettes. Le chineur embarqua aussi un petit dictionnaire de traduction anglais-français car, bien qu’étant cadien, Chenier ne pratiquait pas aussi souvent la langue de Molière que le pensaient certains touristes. Oh, il pouvait tenir une conversation lambda sans problèmes même si la langue parlée par les descendants des colons français aurait fait hurlée les membres de l’académie française.
Mais il fallait quand même supporter son accent à couper au couteau.
Simon s’assit donc à la place du conducteur, posa son portable et son chapeau blanc à coté de lui. Il s’alluma une cigarette et fit démarrer le moteur.
En sortant de la Louisiane le petit engin allait devoir parcourir nombre d’autres états avant d’atteindre l’aéroport JFK: Mississippi, Alabama, Géorgie, Caroline du Nord, Virginie…Bref le voyage s’annonçait crevant et les arrêts nombreux, petite voiture étant généralement synonyme de petit réservoir.
Chenier avait bien un camion avec lequel il allait chercher les articles qu’il mettait « en rayon », mais il préférait, et de loin, conduire sa Metropolitan.
La voiture avait en effet une valeur sentimentale à ses yeux, il se l’était acheté chez un concessionnaire il y a déjà quelques années, mais lorsqu’il l’avait trouvé elle avait tout d’une ruine et il l’avait passiement retapé lui-même.
En sortant de la Nouvelle-Orléans, pris d’un pincement au cœur, mêlé à l’énervement de devoir rendre visite à Samsa, Chenier mis en route le lecteur MP-3 que contenait la poche de sa chemise et lança une série de musiques douces sensées le détendre.
Mais on ne pouvait pas dire que ça marchait vraiment. Il continuait à conduire crispé sur le volant et la clope bien serrée entre ses dents.
Et les quelques coups de fils que lui passèrent sa cliente ne l’aidèrent pas à se détendre, d’autant qu’à aucun moment il ne trouva le moyen de l’interroger sur sa véritable identité. Sans compter qu’il ne se sentait pas à son aise avec un portable.
Non ! Décidément on n’aurait pas du cesser d’utiliser le pigeon voyageur comme moyen de communication longue distance. D’autant que comme ces pigeons avaient été utilisé par l’armée française jusqu’en 1916 il devait bien rester un poilu, peut être deux, avec qui il aurait pu communiquer.
Qui sait peut être même que s’il essayait, il arriverait lancer une mode du pigeon voyageur, et qu’ainsi il mettrait fin à ces téléphones du diable.