Une place pour le paradis s’il vous plait. 5/11

Publié le par Gyzmo

V

Un nouveau coup de fil

 

  En rentrant à son hôtel Simon ne cessait de s’interroger sur son propre sens morale, assaillit qu’il était par un sentiment de culpabilité qui lui pesait un peu plus à chaque pas. Mais pour ce soulager il se disait que Samsa devait être un salopard, qu’Anna n’était pas heureuse avec son compagnon, qu’après tout ce n’était pas comme si il avait cherché cette situation, que ce n’était qu’un moment de faiblesse, etc…Le nombre d’explications, ou plutôt d’excuses qu’il se trouvait était innombrable.

  Il fallait qu’il pense à autre chose, qu’il se change les idées. Et ce qu’il appelait désormais « l’affaire Sheldon » était parfait pour cela.

 

  Il savait désormais où vivait l’un des plus grands collectionneurs des créations de l’artiste mais il ignorait toujours où se trouvait le fauteuil. Et il ignorait toujours qui était vraiment sa commanditaire.

  Si Farah ne s’était pas trompée Sheldon appréciait plus la compagnie des hommes que celle des femmes. Il était donc peu probable qu’il ait eu une fille.

 

 Alors pourquoi se faire passer pour la fille de Sheldon ? D’autant qu’en dehors de son identité la « patronne » de Simon avait respectée à la lettre leurs accords, elle avait réglée tous ses frais. Et même si Chenier se montrait plus que raisonnable à se sujet cela prouvait malgré tout que la vieille femme ne manquait pas d’argent, il était donc peu probable qu’il s’agisse d’une escroquerie, ou d‘une mauvaise blague.

  Non décidément l’antiquaire n’arrivait pas à trouver de raisons à ce mensonge.

 

  Ou alors peut que Fereshteh  avait vraiment fait une erreur et que le designer avait eu, d’une manière ou d’une autre, une fille.

  Et alors qu’il était sur son lit, entrain de relire ses notes ainsi que celles de son ami, son téléphone se mit à vibrer sur la table de chevet. A chaque vibration il se rapprochait un peu plus du bord et Simon le regardait s’avancer doucement mais surement vers sa chute. Et lorsqu’enfin il bascula dans le vide l’américain le rattrapa d’un geste rapide avant répondre.

 

« - Je suppose que vous voulez savoir où en sont mes recherches ?

  - Bravo monsieur Chenier je constate avec plaisir que le décalage horaire n’a pas nuit à vos capacités de déduction. Et aux vues de ces compétence je suppose que vous en avez déjà déduit que je ne vous offre pas des vacances à l’œil. Aussi j’aimerais me dire ce que vous fichez à Paris.

  - C’est ici que vit un des plus grands collectionneurs des œuvres de votre père. »

 

  Pour le moment les petits secrets de sa cliente ne gênaient pas vraiment Chenier aussi pouvait elle bien être la fille de Sheldon si elle en avait envie. Il songea que tout le monde devrait pouvoir choisir qui il veut être, et accessoirement ses parents.

  Il décida donc de lui poser la question plus tard, lorsqu’il aurait le fauteuil. Si il la lui posait maintenant elle pouvait toujours inventer un nouveau mensonge, mais une fois qu’il aurait le fauteuil il aurait quelque chose qu’elle veut, un moyen de pression, et elle serait obliger de dire la vérité. D’ici là la vieille femme pouvait toujours faire preuve d’imagination.

 

« - Je vois ! Mais a-t-il le fauteuil en sa possession ?

   - Je n’ai pas encore pu le rencontrer mais j’en doute. Cependant il possède un certain nombre des créations de votre père tout à fait remarquables. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez que j’essaye de récupérer pour vous ? Enfin en dehors de votre première commande biens évidement.

  - Non merci j’ai suffisamment de ses créations chez moi. »

 

  Ainsi Julia, à défaut d’être sa fille, se devait d’être une collectionneuse des œuvres du designer. Simon aurait du s’en douter, qui d’autre aurait pu avoir ses carnets de recherches. Mais cette information quoi qu’évidente limitait considérablement le champ des possibilités sur son identité réelle. Les créations de Sheldon étaient rares, et par voix de conséquences chères, et les collectionneurs formaient donc un cercle restreint.

 Chenier se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt.

 

« - Malgré tout certaines semblent presque vivantes. Vous êtes certaine de ne pas vouloir de ces bibelots ?

  - Je connais la qualité que pouvait obtenir mon père mieux que personne soyez en sûr. J’ai en ma possession  nombre de ses œuvres. Mais l’unique à avoir désormais un intérêt à mes yeux est ce fichu fauteuil…Malgré tout rien ne vous empêche de négocier certains articles pour votre propre compte…Je suis certaine que vous en trouveriez des acquéreurs assez rapidement. 

  - Je n’en doute pas mais, par soucis d’honnêteté je me dois de vous rappeler que la découverte de l’objet de votre convoitise n’est pas certaine, et l’acquisition et la revente des œuvres de … votre père, pourrait rembourser sans problèmes les frais que cette « quête » occasionne.

  - Encore une fois monsieur Chenier l’unique chose dont je me soucie est la dernière œuvre de mon père. Sur ce bonsoir monsieur !

  - Bon… Elle a déjà raccrochée »

 

« Par soucis d’honnêteté » Voilà les mots qu’il avait osé employer. Or à cet instant Chenier ne se sentait pas du tout l’âme d’un type honnête. En fait il se sentait sale et avait un certain dégout de lui-même pour ce qu’il avait fait à Samsa. Et même si celui-ci n’était au courant de rien, ou qu’il avait peut être des mœurs libérées, que c’était peut être un salopard, Simon se sentait dégueulasse, sans honneur, indigne et coupable.

  Peut être n’était ce qu’un soubresaut de l’éducation catholique qu’il avait reçu dans sa jeunesse, mais même s’il n’était pas particulièrement pratiquant il avait le sentiment qu’a l’heure actuelle il mériterait de griller en enfer.

  Peut être que la création de Sheldon lui servirait à lui aussi qui sait.

  Mais est-ce que le fait d’être au Paradis enlevait le sentiment de culpabilité ? Est-ce qu’on pouvait rester au ciel en se sentant coupable ?

  La soirée s’annonçait prise de tête pour l’antiquaire. Aussi, une fois arrivé dans sa chambre, il prit dans sa trousse de toilette une petite boite de somnifères, s’allongea sur le lit, et avala un cachet.

 

  Chenier sombra peu à peu dans un sommeil sans rêves.

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