Une place pour le paradis s’il vous plait. 6/11
VI
Situation gênante
« - Anna m’a dit que vous souhaitiez écrire un ouvrage sur Sheldon.
- Tout à fait et j’ai appris que vous étiez un grand collectionneur de ses travaux. C’est bien cela, n’est-ce pas ?
- Je suis en tous cas le plus important que vous trouverez en Europe continentale.
- Europe continentale ? Il y a donc de part le monde des gens dont la collection peut rivaliser avec la votre ? »
Fereshteh ne faisait mention nulle part à d’autres collections. Il était probable que les autres collectionneurs préféraient rester discret et qu‘elle ait été dans l‘incapacité de remonter jusqu‘à eux, sans compter qu‘elle avait fait ces recherches sur son temps libre afin de rendre service à son ami. Il n’y avait donc rien de surprenant à ce qu’elle soit passée à coté de certaines informations.
En tout cas si les autres aimaient la discrétion ce n’était visiblement pas le cas de l’ancien concurrent de Chenier. Les deux hommes s’étaient donné rendez-vous rue de la Roquette, dans un des rares établissements de la capitale à servir de l’absinthe.
C’était probablement une idée d’Anna qui au court de « l’entretien » qu’elle avait eu avec Simon en avait appris un peu sur ses gouts. Elle avait probablement suggérée l’idée à son compagnon afin de mettre Chenier à l’aise.
Mais le choix de l’établissement revenait malgré tout probablement à Christophe. En choisissant un des quartiers les plus populaire et fréquenté de la ville il souhaitait probablement s’afficher avec à son bras une femme nettement plus jeune que lui, et qu’il ne méritait probablement pas songea l’antiquaire.
Cette situation le mettant assez mal à l’aise Simon regardait fixement son verre, pour ne pas regarder la fille, tout en serrant les dents, ce qui avait pour effet de renforcer d’autant plus son accent cadien. Malgré tout Samsa ne semblait pas avoir de mal à comprendre ce qu’il disait.
« - Tout à fait, il y a à ma connaissance deux collections comparables aux Etats-Unis, et une à Londres. Je suis surpris que vous ne soyez pas au courant.
- Comme je vous l’ai déjà dit je commence à peine mes recherches.
- Je vois alors sachez qu’une de ces collections est privée, quand aux deux autres elles appartiennent à des marchands d’art. Il vous sera donc plus aisé d’accéder à ses deux dernières.
- Et dites moi, est-ce que vous auriez entendu parler de…Comment dire ça…De choses surprenantes à propos de certaines créations de Sheldon ?
- Non…Enfin il y a bien quelques légendes…Mais c’est tout ce que c’est…Des légendes. »
Bordel comment pouvait on être aussi idiot. Non seulement cet homme ne voyait pas la tension qui existait entre Anna et son interlocuteur, mais peut être préférait il ne rien savoir. Les ignorants sont bénis parait il. Lui devait être aux anges avec sa compagne.
Mais en plus il n’avait pas remarqué le caractère surnaturel des créations d’Alan. Et ce alors qu’il les avait sans arrêt sous le nez. Comment ne pas voir le caractère vivant de ces objets.
Malgré tout la conscience de Chenier le travaillait à propos des évènements de la veille. Jusqu’à présent il s’était toujours pris pour un type respectable, et il avait été surpris de la façon dont il avait pu mettre sa conscience aux oubliettes. Certes cela ne semblait pas tracasser Anna outre mesure mais lui il s’en voulait terriblement.
Aussi dés qu’il obtient les adresses des autres collectionneurs il mit fin à l’entretien, prétextant de la fatigue due au décalage horaire. Ce que Christophe sembla accepter bien volontiers.
Dieu que cet homme pouvait être crédule, songea Simon.
En sortant de l’établissement Simon jeta un regard en arrière et se maudit intérieurement en regardant le couple. Puis il arpenta la rue bondée jusqu’à la station de métro place de la Bastille.
Quarante-cinq minutes plus tard il avait regagné son hôtel et demandait à l’hôtesse d’accueil de lui réserver une place dans l’Eurostar pour le lendemain.